
C’est le moment ou jamais de sortir vos appareils photos. Un Stéphanois qui partirait aujourd’hui pour une dizaine d’années ne reconnaîtra sûrement pas sa ville à son retour dans une décennie. C’est notamment vrai pour l’immense territoire d’une centaine d’hectares - dont les trois quarts ne sont pas bâtis - situé entre la place Carnot et le Soleil, et qui comprend notamment l’ancienne Manufacture et la plaine Achille, à l’aube d’une profonde mutation.
Le site est voué à devenir un nouveau lieu de vie, de travail et de détente où des activités économiques et culturelles feront cohabiter des étudiants, des chercheurs, des industriels et de nouveaux habitants. C’est un nouveau départ pour un secteur qui se veut un exemple de mixité urbaine et pour lequel Saint-Étienne a reçu le prix « Pôle d’excellence cœur de ville » au Concours national des villes à l’automne 2008.
Ces dernières années, la construction du Zénith, de la Cité du Design qui sera bientôt achevée, le déploiement du Pôle optique Rhône-Alpes et de plusieurs programmes de logements, ou encore le lancement du chantier de l’école d’ingénieurs Télécom Saint-Étienne (ex. ISTASE) ont profondément modifié le paysage urbain, architectural, économique et social de cet espace situé aux portes du centre-ville. La poursuite du chantier de requalification de cet espace est confiée, conjointement par la Ville de Saint-Étienne et l’Établissement public d’aménagement (EPA), à Alexandre Chemetoff, Grand prix de l’urbanisme 2000, pour les neuf prochaines années.
Campus urbain
Fidèle à une méthode qui a déjà fait ses preuves, l’architecte va travailler dans une approche très respectueuse du site, attentif aux caractéristiques du territoire. Sa réflexion urbanistique s’oriente vers la naissance d’un parc ou d’un campus urbain, il explique : « Le secteur concerné porte en lui de très beaux lieux de vie, comme tout l’espace arboré qui entoure le parc des expositions, depuis le boulevard urbain jusqu’au parking du Zénith. Il suffirait d’abattre les barrières et de paysager les lieux. Les bâtiments existants et les futures constructions doivent trouver une cohérence d’usages complémentaires, pour en faire un lieu utilisé en permanence, la semaine comme le week-end, pas seulement à l’occasion d’événements. Il faut également imaginer de construire des liaisons entre toutes ces zones juxtaposées, depuis Carnot jusqu’au boulevard des Docteurs-Muller, avec une passerelle au-dessus de la voie ferrée par exemple et un chemin entre le parc des expositions et le Zénith. »Florent Pigeon, adjoint au maire en charge de l’urbanisme, confirme la destination plurielle du lieu, notamment sur le volet économique et scientifique : « ce quartier va incarner le rapprochement entre l’enseignement supérieur et l’économie avec l’installation de l’entreprise HEF et le regroupement de certains départements de la faculté des Sciences et du Pôle optique Rhône-Alpes, donnant corps à un rapprochement entre formation, innovation, entreprises… »
L’offre désormais importante de logements suppose également l’installation de commerces et de services, avec en corollaire une rationalisation de l’offre de stationnement. Maurice Vincent, le maire de Saint-Étienne se réjouit de l’évolution que va connaître la ville : « Notre ambition est d’offrir aux Stéphanois une nouvelle destination dans leur ville : cela se fera en trouvant de nouvelles fonctions aux lieux existants et en faisant émerger des liens qui n’existent pas, vers le Soleil notamment. Ce projet permet aussi de traduire notre volonté de construire une ville verte en favorisant les liaisons douces et le développement durable dans les orientations choisies. » On peut imaginer par exemple la transformation de l’ancienne voie de chemin de fer qui part du Soleil vers le stade Geoffroy-Guichard en chemin cyclable, ou la possibilité d’utiliser en permanence le parking du Zénith pour libérer de l’espace vert autour de l’ancien palais des spectacles…
Les Stéphanois associés au projet
Côté calendrier, le rythme des aménagements sera calé sur celui des biennales du design, afin que le site se présente sous un nouveau jour tous les deux ans. Ainsi, à l’horizon 2010, un parcours piéton continu sera aménagé depuis Carnot jusqu’au Soleil.Bien entendu, les Stéphanois sont invités à participer à cette réflexion sur l’avenir de leur ville. Lors de la dernière Biennale internationale de design, ils ont pu voir une projection évoquant l’histoire du site et les enjeux du projet. Les collectivités et l’EPA vont organiser deux sessions de concertation avec la population sur la base du travail de l’équipe d’Alexandre Chemetoff : une première phase est prévue entre avril et juin 2009 à l’occasion de la création de la Zone d’aménagement concertée (bilan du questionnaire rempli par plus de 1 000 personnes à la Biennale 2008, réunion publique, exposition itinérante et ouverture d’un registre) puis une seconde phase d’échanges plus approfondis sera organisée à l’automne 2009, en lien étroit avec les conseils de quartier. Nous ne sommes qu’au début d’un passionnant chantier. Alexandre Chemetoff s’enthousiasme déjà pour ce projet : « L’héritage du lieu est de qualité et c’est précisément cette histoire qui va dicter son devenir. Il met en question la capacité de notre temps à recomposer la ville à partir du passé pour la transformer radicalement et en faire ce qu’aucun autre lieu ne peut devenir, précisément en raison de ce passé. »












